Cependant, une véritable aumône réclame une condition : la discrétion. « Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi dans les synagogues et les rues, ainsi font les hypocrites, afin d'être glorifiés par les hommes ; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
A l‘image de Dieu, qui « fait pleuvoir sur les bons et les méchants », nous sommes appelés à exercer l‘aumône sans discrimination. « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. » Jeûner, oui, faire l’aumône, oui, mais dans le secret, nous enseigne Jésus. Pas pour avoir l’air d’un bon chrétien, pas pour jouer au petit saint, pas pour être un “ abbé Pierre ” au petit pied, mais gratuitement, seulement devant le Père. Cela peut paraître évident à énoncer, mais ce n’est pas si facile, avouons-le. Nous avons tellement besoin d’être reconnu !
Jésus s’est donné tout entier comme une aumône sur la croix, et il se donne toujours à nous à chaque liturgie, à chaque eucharistie. Si nous vivons la communion au corps et au sang du Christ comme une aumône qu‘Il nous fait de lui-même, ce don gratuit et divin va changer notre conception même de l’aumône, car nous saurons que le modèle, l’icône de l’aumône, c’est Lui, Jésus, notre Dieu. L’aumône, en Christ, dépasse l’aumône. En fait, on peut l’appeler : la charité, « caritas » en latin, qui veut dire l‘amour du prochain ; encore un mot si beau et si abîmé ; on peut l’appeler la miséricorde, qui vient de « miséricordia » qui veut dire littéralement la détresse du cœur ; tous ces mots essaient de traduire en balbutiant des entrailles frémissantes qui cherchent à devenir icônes des entrailles divines. C’est le partage d’amour, gratuit, tout vibrant de l’amour même de Dieu qui nous habite. « Il faut semer largement », dit l’écriture, « car Dieu aime qui donne avec joie ».
La joie qu’elle nous donne est certainement un critère de la justesse cordiale de notre aumône. Par elle nous sortons d’une attitude de fermeture, de mort, de tombeau, pour une ouverture aux autres et à l’Autre. C’est un passage, une Pâque, une sortie d’Egypte, une traversée de la Mer Rouge qui nous met dans une tonalité pascale, résurrectionnelle, une joie divine.
Avec toute mon affection en Christ !
Père Pascal